Pourquoi certains cancers de la bouche apparaissent-ils chez des patients qui ne fument pas et ne boivent pas ? Une étude à laquelle a participé la Pr Sophie Deneuve, cheffe du service ORL et chirurgie cervico-faciale du CHU de Rouen, apporte un nouvel éclairage sur cette question.
En analysant les signatures mutationnelles présentes dans l’ADN des tumeurs, les chercheurs ont identifié, en plus de la signature associée au tabac et à l’alcool, deux profils spécifiques retrouvés chez les patients non-fumeurs et non-buveurs.
L’un est associé à l’activité de l’enzyme APOBEC, impliquée notamment dans les mécanismes de défense antivirale. L’autre présente des caractéristiques liées à un vieillissement accéléré des cellules.
Ces résultats suggèrent que ces cancers pourraient constituer des sous-types biologiques spécifiques, avec des mécanismes de développement différents de ceux des cancers associés aux facteurs de risque classiques.
Une avancée qui ouvre de nouvelles pistes pour mieux comprendre ces tumeurs et faire progresser, à terme, la personnalisation de leur prise en charge.
Dans cette nouvelle vidéo Parlons Recherche, la Pr Sophie Deneuve nous explique cette découverte et ses perspectives.
Découverte de nouveaux sous-types de cancer de la bouche
Le cancer de la tête et du cou est souvent lié à des facteurs de risque connus comme le tabac, l’alcool ou le virus du papillome humain (VPH). Pourtant, une forme de cancer de la bouche, notamment au niveau de la langue, se développe de plus en plus chez des patients sans ces facteurs de risque. Cela suggère l’émergence d’une nouvelle entité clinique, encore mal comprise.
Notre étude a analysé des données génomiques pour mieux comprendre ces cancers « sans cause apparente ». Grâce à l’étude des signatures mutationnelles (des « empreintes » génétiques laissées par différents processus cancéreux), nous avons pu distinguer plusieurs sous-groupes :
- Un groupe lié au tabac : Les mutations observées reflètent les effets combinés du tabagisme et de l’alcool.
- Deux groupes sans facteur de risque identifié :
- L’un montre une accélération du vieillissement cellulaire (mutagénèse de type « horloge biologique »).
- L’autre présente une activité élevée d’une enzyme appelée APOBEC, souvent impliquée dans la réponse aux infections.
Ces sous-groupes « sans cause apparente » ont des mutations génétiques spécifiques, des profil d’activation/désactivation des gènes (méthylation) uniques, et des mécanismes d’évasion du système immunitaire particulièrement marqués. Ils semblent aussi associés à des réponses aux agressions microbiennes.
Pourquoi c’est important ?
Cette étude est la première à décrire ces sous-types de cancers de la bouche. Elle ouvre la voie à de nouvelles recherches pour comprendre leurs causes et adapter les stratégies de prévention et de traitement.